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« Mon cœur s’est arrêté »

Réadaptation Urgence
Irak

Il y a deux ans, Salim a du quitter la ville de Jalawla avec sa famille lorsque le groupe Etat Islamique en a pris le contrôle. Durant leur fuite, son fils est décédé et Salim a fait une crise cardiaque. Depuis son retour à Jalawla, il est suivi par une équipe de Handicap International, qui assure des séances de kinésithérapie et de soutien psycho-social.

Shvan et Salim, discutent à la fin de la séance de kinésithérapie.

Shvan et Salim, discutent à la fin de la séance de kinésithérapie. | © E. Fourt / Handicap International

« C’était en 2014 mais je m’en souviens comme si c’était hier », confie Salim à Awtar, travailleuse psycho-social de Handicap International, alors qu’une nouvelle séance commence. Les yeux perdus dans le vide, il raconte : « Nos voisins nous ont informé que le groupe Etat Islamique était arrivé à Jalawla et nous avons immédiatement pris la fuite. Sur le chemin, le diabète de mon fils ainé s’est fortement aggravé. Il a dû être hospitalisé et il est mort quelques jours après. Mon frère également décédé dans notre fuite, touché par un missile. J’étais tellement secoué par tous ces évènements, que mon cœur s’est arrêté. J’ai été hospitalisé à mon tour. Quelques semaines plus tard, nous avons trouvé refuge dans une autre ville du gouvernorat. Nous y sommes restés près d’un an et demi. »

En mars 2016, Salim et sa famille ont enfin pu rentrer chez eux. « Notre maison était en ruines et toutes les fenêtres étaient cassées », commente-t-il. « J’ai vu beaucoup de choses au cours de ma vie, mais rien n’est comparable à ce qui nous est arrivé il y a deux ans. Les combattants de l’Etat Islamique sont entrés dans nos quartiers, dans nos maisons. Et ils ont tout détruit. » Lorsque l’équipe de Handicap International rencontre Salim, quelques mois après son retour, il est encore très traumatisé par tous ces évènements. « J’ai fait la connaissance d’un homme très triste, qui avait besoin de parler » commente Awtar.

De son côté, Shvan, kinésithérapeute, évalue les besoins de Salim. L’association lui fait don d’un lit et d’une canne, pour qu’il puisse se déplacer plus facilement. Shvan assure des sessions de kinésithérapie pour Salim. « Le but était de l’encourager à être actif au quotidien. Se tenir occupé était essentiel pour que sa dépression n’empire pas. » Alors qu’il initie une série d’exercices avec le sexagénaire, le kinésithérapeute ajoute : « Il a déjà fait beaucoup de progrès. Il peut désormais se déplacer tout seul et il est plus indépendant. »

« C’est aussi un soulagement pour son épouse, Aliyah », ajoute Awtar, « Elle se sentait dépassée et avait du mal à être constamment à ses côtés tout en assumant les responsabilités du quotidien. Aujourd’hui, elle et Salim semblent plus épanouis. Dans ce cas précis, les séances de soutien psycho-social étaient indissociables des sessions de kinésithérapie. »

 « Malgré les difficultés du quotidien, nous sommes de retour chez nous », confie Salim. Cela fait toute la différence de se sentir chez soi… Quand j’entends ce qui se passe à Mossoul, actuellement, je compatis avec tous ces déplacés. Nous avons vécu la même chose qu’eux. Entendre leurs histoires me rappelle notre fuite, il y a deux ans. J’espère que, comme nous, ils pourront bientôt rentrer chez eux. »

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