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« Nous avons dû repartir de rien »

Réadaptation Urgence
Irak

Il y a deux ans, Sarmad a été blessé lors d’une attaque à Jalawla (Irak) et a dû être amputé. Quelques mois plus tard, sa famille a dû fuir la ville lorsque le groupe Etat islamique a pris le contrôle de sa ville. Au début de cette année, Sarmad et ses proches ont finalement pu rentrer chez eux. Handicap International procure aujourd’hui à ce jeune père de famille des soins de kinésithérapie et des séances de soutien psycho-social.

Sarmad et Shvan, lors d’une séance de réadaptation.

Sarmad et Shvan, lors d’une séance de réadaptation. | © E. Fourt / Handicap International

Dans le quartier d’Al Wahda, l’un des plus touchés de Jalawla, peu d’habitants sont déjà rentrés chez eux. De nombreuses maisons sont détruites et des centaines d’impacts de balles ornent encore les murs des rues. C’est au milieu de ce décor de désolation que se tient Sarmad. Le sourire aux lèvres, il accueille l’équipe Handicap International et l’invite à venir s’asseoir dans son salon. La pièce est vide et on y trouve seulement un lit, donné à Sarmad par l’association quelques semaines plus tôt. Le jeune père de famille s’assied dessus, et partage son récit.

« J’ai été victime d’une voiture remplie d’explosifs qui a foncé sur le groupe de personnes dans lequel je me trouvais. Une centaine de personnes des alentours est venue nous porter secours et un kamikaze s’est alors fait exploser au milieu de la foule. Ce qui se déroulait sous mes yeux était apocalyptique. Je suis resté une heure immobile, sous les gravats, sans pouvoir bouger. Puis, des ambulances sont arrivées. Ma blessure à la jambe était si grave que j’ai été transporté dans plusieurs hôpitaux et que je me suis fait opérer 7 fois en 20 jours. Je souffrais tellement que je ne dormais jamais. Quand j’ai réalisé que les médecins m’avaient amputé, j’ai eu l’impression que ma vie s’arrêtait. »

Alors qu’il se trouve encore à l’hôpital, la famille de Sarmad l’appelle et l’informe que le groupe Etat Islamique a désormais pris le contrôle de Jalawla. Les membres de sa famille se réfugient dans une autre ville du gouvernorat, sans savoir alors qu’ils y resteront plus d’un an. Ce n’est qu’au début de l’année 2016 que les autorités les informent qu’ils peuvent enfin rentrer chez eux. « Lorsque nous sommes arrivés dans notre maison, il ne restait plus rien. Tout avait été volé, les fenêtres et les portes étaient cassées, il n’y avait plus d’électricité… seuls les murs tenaient encore debout. Nous avons dû tout réparer, repartir de zéro. »

C’est à cette époque que l’équipe Handicap International fait la connaissance de Sarmad. « Je me rappelle de la première fois où nous l’avons rencontré », raconte Awtar, spécialiste en soutien psycho-social. « Il était très déprimé car sa prothèse le faisait beaucoup souffrir et qu’il ne pouvait pas travailler. » « Nous l’avons immédiatement parlé de son cas aux médecins de l’hôpital du gouvernorat, pour que sa prothèse soit changée. Entre temps, je l’ai vu régulièrement pour des exercices de renforcement musculaire et nous lui avons fait don de béquilles, d’un lit et d’une chaise toilette, pour faciliter son quotidien », ajoute Shvan, un kinésithérapeute de l’association.

Depuis le début de sa prise en charge, Sarmad a fait beaucoup de progrès. Il a été appareillé d’une nouvelle prothèse et peut marcher à nouveau. Il y a quelques semaines, il a repris une activité professionnelle et son moral va désormais mieux. « Je sors à nouveau et je n’ai plus honte de mon amputation » dit-il. « Même si l’économie de Jalawla est encore très impactée par ce qui s’est passé, le simple fait de recommencer à travailler et de pouvoir retrouver mon rôle de chef de famille a beaucoup aidé. » Sarmad prend son fils, Anas, né il y a quelques mois, dans ses bras. « Je ne le dis pas beaucoup, mais j’ai toujours peur pour lui », confie-t-il. « J’ai peur que ce qui m’est arrivé puisse lui arriver aussi. Tout est tellement instable ici… Aujourd’hui, je ne rêve que d’une chose : que tous ces conflits, toutes ces divisions entre les gens prennent fin et que l’on puisse de nouveau se sentir en sécurité. »

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