Go to main content

« Il s’est fait exploser à côté de mon fils »

Irak

Fetyan a été victime d’une attaque terroriste à Mossoul, au mois de juin dernier. Grièvement brûlé, il tente de se remettre de ses blessures et de retrouver l’usage de ses mains. Une équipe de Handicap International (HI) va l’accompagner avec des séances de physiothérapie.

Fetyan, à l’hôpital de Muharibeen (Mossoul Est). | © E. Fourt / Handicap International

À l’hôpital de Muharibeen, les patients ne cessent d’affluer dans la salle de réadaptation et les physiothérapeutes de Handicap International enchainent les consultations. En fin de matinée, un petit garçon fait son entrée avec ses parents. C’est la première fois qu’ils rencontrent les professionnels de l’association. « Vous pouvez faire quelque chose pour mon fils ? », s’enquière le père, Mohammad, montrant les mains du petit garçon, visiblement inquiet. Les bras et le visage de Fetyan sont complètement brûlés. On imagine la violence de son accident rien qu’en le regardant. Mohammad sort son téléphone portable et ajoute : « Vous souhaitez probablement savoir ce qui lui est arrivé… ». Il fait alors défiler des photos et vidéos du drame, qui s’est déroulé deux mois plus tôt.

 

« Sa peau n’existait plus, mais il n’avait pas perdu connaissance »

Le père de Fetyan commente les images unes à unes et le petit garçon, silencieux, semble perdu dans ses pensées. « Ça s’est passé le 23 juin, à 21h30 précisément. Mon fils était parti s’acheter une glace avec son cousin. Deux kamikazes se sont d’abord fait exploser dans la rue. Fetyan, son cousin et les autres clients du glacier se sont réfugiés dans le sous-sol du magasin. Mais un troisième kamikaze a alors fait son entrée et a couru dans leur direction. Il s’est fait exploser juste à côté de mon fils. »

Les yeux de Mohammad s’emplissent de larmes. « Je possédais un magasin dans le quartier, j’étais en train de travailler quand l’accident a eu lieu. Peu après avoir entendu les détonations, des gens ont commencé à porter assistance aux blessés. J’ai accouru et découvert mon fils, complètement brûlé. Il était méconnaissable… J’étais complètement désemparé et je me suis mis à pleurer. C’est Fetyan qui m’a dit d’être fort, que tout allait bien se passer. Sa peau n’existait plus mais il n’avait pas perdu connaissance. Et même dans une douleur extrême, il ne pensait qu’à me réconforter. »

 

« Je continuerai de me battre jusqu’au jour où je ne verrai plus la douleur dans ses yeux »

Fetyan est emmené d’urgence à l’hôpital. Il y reste pendant un mois et demi et subit quatre opérations. « Les docteurs ont pris de la peau de ses cuisses et de son dos pour la greffer sur ses bras », explique Mohammad. Ce n’est qu’à la fin du mois d’août, que la famille rentre à Mossoul.

Deux physiothérapeutes auscultent Fetyan sous le regard attentif de ses parents. « Nous essayons de masser ses bras et son visage tous les soirs, mais il a encore très mal », explique la mère du petit garçon. Les professionnels de Handicap International regardent l’impact des brûlures sur les mains de Fetyan et lui montrent comment en prendre soin. Violette, spécialiste en réadaptation physique, commente : « Il est improbable qu’il retrouve toute sa mobilité au niveau des doigts, mais nous allons faire notre maximum pour améliorer sa situation avec nos sessions de physiothérapie ».

Le petit garçon demande s’il pourra écrire à nouveau. Aujourd’hui est une date importante pour lui : il doit repasser l’examen de fin d’année qu’il a manqué, à cause de l’attaque. « Mon fils est très intelligent et il aime beaucoup étudier », explique Mohammad. « Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour lui garantir un bel avenir. J’ai vendu ma maison et épuisé toutes mes économies pour qu’il aille mieux. Et je continuerai de me battre jusqu’au jour où je ne verrai plus la douleur dans ses yeux. »

Nos actions
pays
par pays

RELATIONS PRESSE

CANADA

Gabriel PERRIAU

ÉTATS-UNIS

Mica BEVINGTON

 

 

Aidez-les
concrètement

Pour aller plus loin

Mossoul, une contamination sans précédent par les restes explosifs de guerre
© E.Fourt/HI
Mines et autres armes

Mossoul, une contamination sans précédent par les restes explosifs de guerre

Un an après la libération de Mossoul, HI publie un mini-rapport sur la pollution phénoménale de Mossoul par les restes explosifs de guerre, consécutive à plusieurs mois de combats. Particulièrement en cause : les bombardements massifs et quasi quotidiens pendant l’offensive militaire entre octobre 2016 et juillet 2017.

Une augmentation effrayante du nombre de victimes des armes explosives
(c) E. Fourt/HI
Mines et autres armes

Une augmentation effrayante du nombre de victimes des armes explosives

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les mines, HI s’alarme de l’augmentation effrayante du nombre de civils victimes des armes explosives : 32 008 civils ont été tués ou blessés par des armes explosives en 2016 (sur un total de 45 624 victimes), selon Action on Armed Violence (AOAV). Le bilan s’annonce encore plus lourd pour 2017, sachant que les civils représentent 90 % des victimes des armes explosives quand elles ont utilisées en zones peuplées. L’Observatoire des mines a enregistré une augmentation spectaculaire des victimes de mines et restes explosifs de guerre ces trois dernières années. La Syrie, l’Afghanistan, la Libye, l’Ukraine et le Yémen sont parmi les principaux pays touchés.

Mossoul : « La majorité des civils ont encore besoin d’assistance humanitaire »
© Blaise Kormann/L’illustré/Handicap International
Urgence

Mossoul : « La majorité des civils ont encore besoin d’assistance humanitaire »

Il y a un an, le 17 octobre 2017, les forces armées lançaient une offensive militaire pour reprendre la ville de Mossoul, en Irak. Les combats, qui ont duré neuf mois, ont déplacé plus d’un million de civils  et plus de 18 000 personnes ont été blessées. Point de situation sur l’une des crises humanitaires les plus importantes de la région.